Faire nation
La fin du XIXe siècle marque une époque faste dans l’affirmation nationale des francophones au Canada. Ce mouvement d’édification se déploie de manière particulière pour les Métis vivant dans les Prairies canadiennes. En 1884, sous l’impulsion de Louis Riel, les Métis choisissent la Saint-Joseph en tant que fête patriotique et religieuse, à l’instar des Canadiens français, qui, eux, ont choisi la Saint-Jean-Baptiste.
Les Métis ne peuvent toutefois célébrer leur fête nationale en 1885. Les événements entourant la bataille de Batoche, puis la pendaison de Riel, exposent une certaine fragilité culturelle et politique. Ils ravivent aussi le projet de fonder une société nationale. C’est donc en marge de la célébration de 1887 qu’est formée l’Union Métisse Saint-Joseph. Cette association, la plus ancienne association francophone encore en activité au Manitoba, est vouée à la sauvegarde des traditions culturelles et cherche à favoriser l’avancement économique et politique du peuple métis.
La constitution de 1910 marque un tournant dans son histoire puisque la société patriotique ajoute l’adjectif « nationale » à son nom. Ce geste porteur de sens vise à fondre les diverses localités dans une même communauté de destin. On adopte dans la foulée un drapeau distinct pour le peuple métis : une bannière blanche mariant symboles français et britanniques. De plus, le document conclut d’importants débats internes. Certains veulent laisser tomber la pratique du catholicisme et la langue française comme critères de membriété, ce qui est ultimement rejeté.
Ces gestes identitaires interviennent à un moment où les Métis et les Canadiens français usent des tactiques différentes afin de contrer la minorisation du français. Rappelons que l’usage de la langue française est interdit dans la province à partir de 1890. Si les Canadiens français fondent leur espoir dans le travail de lobbying de l’Association d’Éducation, créée en 1916, les Métis soutiennent pour leur part une approche plus frontale, demandant le respect intégral de l’article 23 de la Loi du Manitoba de 1870 qui établissait l’égalité du français et de l’anglais dans les affaires publiques.
Titre du document : L’Union fait la force. Constitution de l’Union nationale métisse St.-Joseph de Manitoba.
Date : 1910
Source : Centre du patrimoine, Société historique de Saint-Boniface, UNMSJM 0285/1332/002
Pour en savoir plus
En ligne
Ouvrages et chapitre de livre
Blay, Jacqueline. « Évolution de l’identité francophone au Manitoba (1738-2017) », Cahiers franco-canadiens de l’Ouest, vol. 33, no 1-2 (2021), p. 37-93.
Bocquel, Bernard. Les fidèles à Riel : 125 ans d’évolution de l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba, Winnipeg, Éditions de La Fourche, 2012.
Rivard, Étienne. « Les Bois-Brûlés et le Canada français : une histoire de famille éclatée », Bulletin d’histoire politique, vol. 24, no 2 (2016), p. 55-74.


