Du français sur les ondes radiophoniques dans les Prairies



L’arrivée de la radio transforme le quotidien de la population canadienne durant les années 1920. Pour les populations rurales, en particulier, ce médium facilite l’accès aux nouvelles du monde. En règle générale, cependant, les stations radiophoniques accessibles au Canada diffusent leurs émissions en anglais. Pour de nombreux militants francophones, l’écoute de celles-ci favoriserait donc l’assimilation linguistique et l’américanisation culturelle. La population fait pourtant fi de ces mises en garde et adopte la radio avec enthousiasme.
Après la création de la Société Radio-Canada, en 1936, les dirigeants du réseau institutionnel francophone en situation minoritaire exercent des pressions sur cet organisme. Comme l’indique leur manifeste, ils demandent à la société d’État de respecter la dualité canadienne et d’offrir « une part équitable au français sur le réseau de l’Ouest canadien ». Pour justifier ses refus, la société d’État invoque ses moyens financiers limités, dans le contexte de la Grande Dépression, et la forte opposition de la majorité anglophone au développement d’un réseau français radiophonique à l’extérieur du Québec.
Devant cette impasse, les francophones des Prairies amassent 125 000 dollars pour la construction de quatre stations radiophoniques. Pour leur venir en aide, le Comité permanent de la survivance française en Amérique, qui devient le Conseil de la vie française en Amérique en 1956, lance une campagne nationale de financement en 1945. Avec le slogan « Aidons Radio-Ouest française », cette campagne permet d’amasser 212 000 dollars additionnels, dont 192 000 dollars au Québec.
Malgré leur succès, les dirigeants du projet de la radio française ne sont pas au bout de leurs peines. Des groupes s’opposent à ce que les francophones exploitent des stations de radio. Ils affirment que ce projet ne sera pas viable en raison de la petitesse du marché francophone. D’autres jugent que l’octroi de permis de radiodiffusion aux francophones de l’Ouest équivaudrait à privilégier un groupe ethnique parmi d’autres.
Ces propos suscitent la colère des dirigeants du projet, qui rétorquent que lancer une entreprise est un droit et non pas un privilège. Ils ont gain de cause, et en 1946, un poste de radio française ouvre ses portes à Saint-Boniface, au Manitoba; d’autres suivront à Edmonton, en Alberta en 1949, puis à Gravelbourg et à Saskatoon, en Saskatchewan en 1952.

Titres de documents : Manifeste des Associations nationales provinciales des Prairies. Radio-Canada et le français dans l’ouest, 1 p. (1940) Aidons Radio-Ouest française, 2 p. (1945)
Date : 1940 et 1945
Source: Université d’Ottawa, Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF), Fonds Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), C2/156/1.
Pour en savoir plus
En ligne
« CKSB, le porte-voix des francophones de l’Ouest canadien », Radio-Canada, Archives.
Ouvrages, articles et chapitres
Bélanger, Céline. « La fondation de CHFA », dans A. Trottier, K. J. Munro, G. Allaire (dirs.), Aspects du passé franco-albertain. Edmonton, Salon d’histoire de la francophonie albertaine, 1980, p. 122-146.
Lapointe, Richard et Lucille Tessier. Histoire des Franco-Canadiens de la Saskatchewan. Régina, La Société historique de la Saskatchewan, 1986.
Martel, Marcel. Le deuil d’un pays imaginé. Rêves, luttes et déroute du Canada français. Les relations entre le Québec et la francophonie canadienne, 1867-1975. Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1997.
Martel, Marcel. « Multiples regards sur la Radio-Ouest-Française, 1930-1960 », dans Gilles Cadrin, Paul Dubé et Laurent Godbout (dir.). Pratiques culturelles au Canada français, Edmonton, Institut de recherche de la Faculté Saint-Jean, 1996, p. 317-335.
Ouellet, Danielle. Adrien Pouliot. Un homme en avance sur son temps. Montréal, Boréal, 1986.
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