La grève au Collège Sainte-Anne de Pointe-de-l’Église en 1968

Dans le monde occidental, 1968 est marquée par des manifestations étudiantes. L’Acadie n’y échappe pas. L’année débute avec une grève à l’Université de Moncton, qui dure du 12 au 22 février; parmi les revendications figurent le gel des frais de scolarité et l’adoption du bilinguisme au niveau municipal. Huit mois plus tard, 1968 se termine par une grève au Collège Sainte-Anne de Pointe-de-l’Église (du 5 au 13 décembre), où les étudiants s’opposent à un éventuel déménagement de l’institution à Yarmouth. L’idée d’un nouvel emplacement découle de la laïcisation imminente du collège et de la volonté du gouvernement provincial d’y attirer davantage d’étudiants afin de maintenir sa rentabilité.
La grève étudiante au Collège Sainte-Anne offre ainsi une vitrine sur la manière dont les collèges classiques traversent une année charnière dans l’histoire du monde contemporain. Ces collèges, rappelons-le, sont les établissements d’enseignement catholiques qui ont formé, pendant des générations, l’élite canadienne-française.
Si les étudiants de Moncton justifient leur cause en s’abreuvant aux idées en vogue parmi la jeunesse de l’époque, notamment les théories de la décolonisation, ceux de Sainte-Anne préfèrent insister sur l’importance de la solidarité locale. Ainsi réussissent-ils à mobiliser des personnes de différentes générations et communautés linguistiques. Comme le rappelle le journal étudiant Le Reflet, dans un éditorial rédigé par Gail Hersey, une jeune anglophone originaire de Digby, les étudiants préfèrent le consensus à l’affrontement. Même s’ils sont conscients des bouleversements de leur époque, où il devient normal pour les jeunes de prendre la parole dans les débats sociétaux les plus divers, les étudiants de Sainte-Anne choisissent de s’y engager à leur manière, en maintenant une certaine déférence à l’endroit de leurs aînés.
Finalement, grâce aux efforts des étudiants, ainsi qu’à ceux de l’élite économique et politique de la région de Clare, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse accepte de maintenir le Collège Sainte-Anne à Pointe-de-l’Église. Établissement laïc à partir de 1971, le Collège est officiellement renommé « Université Sainte-Anne » en 1977.

Titre du document : « Views toward C.S.A. Strike », par Gail Hersey
Date : 24 janvier 1969
Source: Le Reflet (Pointe-de-l’Église). Le professeur Michael Poplyansky nous permet d’inclure cet article dans l’anthologie. Le droit d’utilisation a été octroyé par l’Université Sainte-Anne.
Pour en savoir plus
En ligne
Université Sainte-Anne, 125 années d’histoire(s) à raconter.
Ouvrages et article
Belliveau, Joel. Le « moment 68 » et la réinvention de l’Acadie, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2014.
Poplyansky, Michael. « “Le moment 68” au Collège Sainte-Anne : la mentalité estudiantine au moment de la grève de 1968 », Revue d’histoire de l’éducation, vol.30, no 1 (2018), p. 51-77.


