1972 et 1978



Actif entre 1972 et 1982, le Parti acadien symbolise une époque révolue, où il était possible d’évoquer un projet politique proprement acadien. Aujourd’hui, on s’en souvient surtout parce qu’il a appelé à diviser le Nouveau-Brunswick selon une ligne diagonale allant de Grand-Sault à Moncton afin de créer une onzième province canadienne.

Au moment de sa fondation, le Parti a un programme assez hétéroclite. Sans s’engager officiellement en faveur d’une province acadienne (cela n’arrivera qu’en 1977), il propose une série de mesures qui s’inspirent certes du nationalisme, mais aussi de la gauche économique et de l’écologisme. En même temps, malgré la présence de certains marxistes-léninistes, qui finiront par quitter le Parti, la plupart des militants cherchent à maintenir des ponts entre les jeunes (souvent influencés par le marxisme et la décolonisation) et les générations précédentes. En témoigne parfaitement le manifeste fondateur du Parti, dont on trouvera ci-après certains extraits. Notons, en particulier, la manière dont le manifeste traite du rapport entre les hommes et les femmes, qui doit être basé, selon le Parti, sur « l’égalité dans la différence ». L’implication de certaines Acadiennes bien connues, comme la professeure de sciences de l’éducation Simone LeBlanc Rainville, ne change pas fondamentalement l’orientation du Parti, qui demeure assez éloignée du féminisme de la deuxième vague.

Le Parti acadien connaît ses plus grands succès électoraux en 1978, année où le curé Armand Plourde passe près de se faire élire dans la circonscription de Restigouche-Ouest. Le scrutin se déroule dans un contexte où l’imminence d’un référendum sur la souveraineté du Québec ne peut que favoriser la montée du Parti.

Pourtant, à l’aube des années 1980, le Parti acadien se désagrège. Avec une récession économique planétaire, l’adoption d’une loi sur l’égalité des communautés linguistiques au Nouveau-Brunswick et la défaite souverainiste au Québec, le climat n’est plus propice à un tel parti politique. Le destin du Parti acadien — une popularité grandissante dans les années 1970 suivie d’un déclin au début de la décennie suivante — reflète d’ailleurs bien celui de nombreux autres mouvements nationalistes en Occident. Néanmoins, le Parti aura réussi à laisser une marque sur l’histoire politique du Nouveau-Brunswick; en outre, il fait toujours partie, au moins jusqu’à un certain point, de la mémoire collective acadienne.

Français du Canada