Les Héritiers de lord Durham :
faire entendre la voix de la francophonie canadienne
Créée en 1975, la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ) regroupe les neuf associations provinciales de promotion des droits des francophones en situation minoritaire. Sa fondation marque un tournant. C’est la première fois que les francophones en situation minoritaire se dotent d’un organisme qui leur est exclusif, n’incluant aucun représentant du Québec. En créant la FFHQ, la francophonie canadienne s’affirme. Elle prend acte du fait qu’elle doit avoir sa propre voix politique et pour éviter que le Québec demeure l’unique porte-parole de la francophonie au pays.
La publication Les Héritiers de Lord Durham témoigne de cette volonté de prendre la parole. La FFHQ rappelle que l’élection du Parti québécois au Québec en novembre 1976 signifie que « le Québec a décidé de participer activement à l’élaboration de son destin. En ce sens, son attitude est exemplaire et les francophones hors Québec la respectent et veulent s’en inspirer ». Dans ce nouveau contexte politique, les membres de la FFHQ doivent « participer étroitement au débat collectif et exposer leur version des faits : ce que personne d’autre ne saurait faire à leur place » (Les Héritiers, p. 7).
Le portrait de la francophonie canadienne brossé dans ce document est fort inquiétant. Les taux d’assimilation linguistique sont trop élevés. Lorsque les immigrants d’expression française choisissent le Canada, ils s’installent majoritairement au Québec. La loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick n’a pas son équivalent dans les autres provinces majoritairement anglophones. Le niveau de scolarité des minorités francophones se situe sous la moyenne canadienne, en partie parce que le français n’est toujours pas la langue d’enseignement dans la majorité des écoles fréquentées par les francophones.
Devant un tel portrait, il ne faut pas s’étonner de la conclusion : « La situation globale des francophones hors Québec est précaire : non seulement leur survie culturelle est menacée, mais leur situation socio-économique est dangereusement anémique » (Les Héritiers, p. 43).
La FFHQ choisit toutefois l’action : revendiquer les droits des francophones. Dans la bataille qui se dessine entre le Québec et le Canada quant à l’avenir du pays, elle veut marquer des gains en obtenant la gestion scolaire, la reconnaissance des droits linguistiques et l’égalité entre francophones et anglophones.

Titre du document : Manifeste
Date : 1977
Source : Les héritiers de Lord Durham (Ottawa, Fédération des francophones hors Québec, tome 1, p. 11 à 13, reproduit avec la permission de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.
Pour en savoir plus
En ligne
Article et compte rendu de livre
Gaulin, André. Compte rendu du livre Les Héritiers de Lord Durham, Ottawa, Fédération des francophones hors Québec, 1977, 2 tomes, Québec français, no 27, octobre 1977, p. 49.
Martel, Marcel. « Les politiques gouvernementales fédérale et québécoise à l’égard des minorités francophones du Canada, 1960-1980 », Francophonies d’Amérique, vol. 9 (1999), p. 199-208.


