22 mai 1980


Le parc national de Kouchibouguac naît dans la douleur. En juillet 1969, le gouvernement fédéral et celui du Nouveau-Brunswick s’entendent sur la création d’un espace naturel protégé sur la côte est de cette province. Pour ce faire, les autorités exproprient plus de 250 familles, principalement d’origine acadienne, dans huit villages.  

À l’instar de l’ensemble du programme du premier ministre Louis Robichaud (1960-1970), le parc répond à l’impératif de « modernisation » de la province. Il s’agit d’un projet d’ingénierie sociale conçu par des fonctionnaires, qui y voient une occasion de relocaliser une population dite « peu productive » vers des « centres de croissance ». Du point de vue de Parcs Canada, la mesure est d’abord esthétique : on vise à faire de l’endroit un milieu naturel dénué de toutes traces d’activité humaine. Cette façon de procéder est d’ailleurs courante à l’époque.

À la suite des mobilisations à l’Université de Moncton en 1968, des néonationalistes acadiens interprètent ce déracinement comme une manifestation de la subordination continue des Acadiens dans la province. Au milieu des années 1970, certains militants comme Jackie Vautour iront jusqu’à résister à leur expropriation par la voie judiciaire et par l’occupation des terres. Des violences ont parfois lieu, comme c’est le cas au printemps 1980 (Le Soleil, 16 avril 1980).  

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer l’appel du « Front commun de solidarité aux expropriés ». La cause trouve un écho chez les nationalistes québécois, qui y voient un énième empiétement du gouvernement fédéral dans l’aménagement du territoire. L’appel vise aussi à susciter la mobilisation au moment où l’on annonce une commission d’enquête spéciale en mai 1980. Déposé en 1981, le rapport propose, entre autres, d’amender la formule d’indemnisation pour les expropriations et d’accorder des droits de pêche aux expropriés. 

De son côté, Parc Canada cesse la pratique des expropriations dans les années 1970. Aujourd’hui, l’organisme gouvernemental reconnaît que « plusieurs familles ont été grandement touchées par le processus d’expropriation lors de l’établissement de parcs nationaux et de lieux historiques » (Parcs Canada, 2019).  

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