2 novembre 1972


Les années 1960 et 1970 marquent pour les « parlants français » du Canada une période de grande ambivalence identitaire. La volonté des francophones du Québec de s’affirmer comme « Québécois », entraîne un processus analogue dans les autres provinces. Les « Canadiens français » de jadis deviennent Franco-Manitobains, Franco-Albertains, ou Franco-Ontariens. Tentés brièvement par le vocable « francophone », même certains Acadiens des Maritimes songent à se redéfinir.

Le choix d’une nouvelle appellation se fait rarement sans heurts. L’on n’a qu’à penser aux tentatives de courte durée de rebaptiser « Ontariois » les francophones de l’Ontario. En Acadie, le terme « francophone » ne dure pas non plus; le réseau institutionnel préférant ne pas délaisser « l’acadianité ».

Souvent, ces débats se font en coulisse.  Les raisons militant en faveur de telle ou telle appellation ne sont pas toujours présentées explicitement. Le cas des francophones de la Saskatchewan fait exception. Le journal francophone provincial — L’Eau vive (fondé en 1971) mène justement une consultation publique sur la façon dont la communauté devrait se définir. Les résultats, ainsi que la rationalisation motivant le choix du terme « Fransaskois », sont présentés dans l’article. On y perçoit la provincialisation des identités francophones au Canada — une volonté des francophones de la Saskatchewan de se distinguer de leurs concitoyens des provinces voisines —, mais aussi un désir de ne pas complètement abandonner les anciennes solidarités. Le journal reconnaît notamment que le terme « Canadien français de la Saskatchewan » continuera d’être d’usage courant. Force est de constater, toutefois, qu’on ne l’entend presque plus en Saskatchewan aujourd’hui, le vocable « Fransaskois » ayant largement pris sa place.

Français du Canada