21 juillet 1871


Voici l’une des 24 pétitions déposées en avril 1871 pour s’opposer à la nouvelle loi sur l’éducation adoptée au Nouveau-Brunswick. Elle témoigne bien des enjeux qui déchirent cette province de 1871 à 1875, pendant la première des nombreuses « crises scolaires » qui ont touché les minorités francophones du Canada.

Avant son entrée dans la Confédération canadienne, en 1867, la colonie du Nouveau-Brunswick n’a pas de système scolaire en bonne et due forme. Il existe certes des écoles, mais celles-ci sont locales, organisées par des groupes de parents avec le soutien de paroisses ou d’églises locales. Les parents doivent payer pour l’instruction de leurs enfants, mais la province octroie ponctuellement des subventions de soutien.

Lorsque la nouvelle province décide de se doter d’un système scolaire cohérent, vers 1870, elle trouve deux modèles dans les autres provinces. D’un côté, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse s’étaient chacun dotés, en 1846 et 1864 respectivement, d’un réseau unique « d’écoles communes », c’est-à-dire non affiliées à des confessions religieuses. Elles seules étaient admissibles à des subventions de l’État. De l’autre côté, le Québec avait vu se développer un système éducatif confessionnel, dans lequel la minorité protestante avait le droit à des écoles distinctes et à ses propres commissaires scolaires.

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique (AANB), qui crée le Canada en 1867, étend le principe des « écoles séparées » à l’Ontario en offrant une protection constitutionnelle aux écoles catholiques de cette province. Toutefois, la formulation adoptée fait en sorte qu’aucune reconnaissance de ce genre n’est accordée aux catholiques des provinces maritimes.

Avec sa loi sur les écoles communes de 1871, le gouvernement néo-brunswickois de George King opte pour le modèle non confessionnel. Il existe pourtant une minorité catholique considérable dans la province, composée de communautés acadiennes et d’origine irlandaise.

La pétition présentée ici témoigne de la vive opposition de cette minorité. De plus, elle démontre que ces communautés, malgré leur mise à l’écart relative de la vie politique, ont des porte-parole qui sont bien conscients des clauses de l’AANB consacrées à l’éducation. C’est pourquoi ceux-ci demandent au gouvernement fédéral de se faire le défenseur de la minorité et de désavouer la nouvelle loi provinciale.

Français du Canada