avril 1943


Le besoin des populations francophones en situation minoritaire de s’informer amène la création de quotidiens et d’hebdomadaires de langue française dès le XIXe siècle. Plusieurs de ces journaux ont une existence précaire et éphémère. D’autres font toutefois exception : Le Droit à Ottawa, La Liberté au Manitoba, Le Patriote de l’Ouest en Saskatchewan, Le Petit Courrier de la Nouvelle-Écosse et La Survivance en Alberta. Chez les Acadiens du Nouveau-Brunswick, l’hebdomadaire L’Évangéline, fondé à Digby en Nouvelle-Écosse en 1887 et déménagé à Moncton au Nouveau-Brunswick en 1905, devient un quotidien grâce au succès de la campagne organisée en 1943 avec l’aide du Comité permanent de la survivance française en Amérique. Créé après le deuxième Congrès de la langue française en Amérique tenu à Québec en 1937, cet organisme militait pour des droits linguistiques et culturels accrus pour les francophones au pays. Il posait également des gestes de solidarité entre le Québec et les communautés francophones du reste du pays. Il sera rebaptisé le Conseil de la vie française en Amérique en 1956.

Comment cet organisme a-t-il incité les francophones du Québec à donner à une campagne pour la presse acadienne? Après tout, cette dernière n’allait pas leur profiter immédiatement. C’était probablement l’une des préoccupations de l’archevêque de Moncton, Norbert Robichaud, lorsqu’il préparait son appel en faveur d’une campagne pour la presse acadienne destiné aux résidants du Québec. Son texte décrit les rapports entre le Québec et les francophonies canadiennes en situation minoritaire d’une manière typique pour l’époque. Puisant dans le répertoire d’idées de l’historien nationaliste Lionel Groulx et de la revue L’Action nationale, Robichaud décrit ces communautés francophones comme des « avant-postes » du Canada français. Leur présence est donc présentée comme indispensable au maintien du fait français sur le continent. Utilisant une analogie militaire, les élites nationalistes définissent le Canada français comme une entité assiégée. Par conséquent, chaque communauté francophone se doit de résister et de garder le cap, mais aussi de faire preuve de solidarité avec les autres pour contrer l’assimilation. Doter les « avant-postes » de moyens de communication en français servirait ainsi les intérêts de tous les francophones du pays.

Français du Canada