21 octobre 1938


L’Ordre de Jacques Cartier (OJC), une société secrète, ambitionne de regrouper les dirigeants politiques, religieux et nationalistes du Canada français. Créé à Ottawa en 1927, l’OJC devient le lieu de réflexion et de coordination de l’action politique des organismes canadiens-français. Il joue ce rôle jusqu’à sa dissolution en 1965. On a cependant du mal à évaluer l’efficacité et surtout l’influence de cet organisme en raison du caractère secret de ses activités.

Les membres taisent leur appartenance à l’OJC, même à leurs proches. Cet organisme n’est donc pas présent dans l’espace public. L’OJC agit plutôt par l’intermédiaire d’associations telles que les Sociétés Saint-Jean-Baptiste, les associations provinciales d’éducation et la Société nationale L’Assomption dans les Maritimes. L’OJC émet régulièrement des « mots d’ordre » afin que ces organismes s’activent et revendiquent le respect des droits linguistiques et culturels des francophones du pays en utilisant des arguments semblables.

L’OJC invite régulièrement les Canadiens français à revendiquer des services en français ou l’embauche de fonctionnaires bilingues, comme le révèle le document portant sur la loi Lacroix. Il guide la rédaction des mémoires que les différents organismes canadiens-français soumettent aux commissions royales, créées par le gouvernement fédéral entre 1930 et 1965, comme c’est le cas avec la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.

L’OJC mène aussi des batailles sur des enjeux précis. Par exemple, il s’attribue le succès de la campagne contraignant le gouvernement fédéral à émettre des chèques bilingues, en 1953, et de celle visant à retirer le mot « canadien » comme une des réponses possibles à la question sur l’origine ethnique dans le recensement de 1961.

Ces victoires symboliques sont toutefois insuffisantes pour un nombre croissant de nationalistes à partir des années 1960. L’OJC peine à retenir ses membres et à en recruter de nouveaux. La domination de cet organisme par l’élite francophone d’Ottawa, en dépit du fait que plus des deux tiers des membres proviennent du Québec, devient une source de tension. Les désaccords sur les orientations idéologiques de l’OJC dans le contexte des transformations de la pensée nationaliste et de la montée des forces indépendantistes québécoises causent sa disparition en 1965.

Français du Canada