25 février 1980


Au début des années 1960, l’Ontario procède à des investissements massifs en éducation postsecondaire, en créant notamment de nouvelles universités. Contrairement au Québec, au Nouveau-Brunswick et à la Nouvelle-Écosse qui soutiennent des établissements de la langue de la minorité, la province opte pour le bilinguisme institutionnel, déjà présent à l’Université d’Ottawa.

Vingt ans après la création de l’Université Laurentienne à Sudbury, le constat de son Association des étudiants francophones (AEF) est sans appel : le modèle bilingue hérité des années 1960 est assimilateur, paternaliste et colonisateur (Le Droit, 4 mars 1980). Seul un établissement de langue française permettra d’assurer pleinement l’autonomie et l’épanouissement de la communauté franco-ontarienne sur le plan institutionnel.

Fondée en 1974, l’AEF s’inscrit dans les suites de la « Révolution sereine », un mouvement culturel marqué par la mise sur pied du Théâtre du Nouvel-Ontario (1971), de la première Nuit sur l’étang (1973) ou encore des Éditions Prise de parole (1973). Cet environnement dynamique incite les étudiants à revendiquer l’accroissement des services en français à l’Université Laurentienne.

Toutefois, face au peu d’empathie de la part de l’administration, l’AEF a recours à divers moyens de pression, dont l’occupation de locaux en février 1979. Profitant du contexte menant au premier référendum sur la souveraineté du Québec, les signataires entendent faire monter les enjeux (Le Droit, 28 février 1980). La création d’une université francophone s’inscrit dans la longue histoire de mobilisation depuis l’entrée en vigueur du Règlement 17, en 1912, et plus particulièrement dans le sillage des luttes scolaires des années 1970 pour des écoles secondaires, entre autres à Sturgeon Falls, à Cornwall et à Penetanguishene.

Le communiqué se termine par un appel à l’action. Bien que les souhaits exprimés par l’AEF ne se réalisent pas dans l’immédiat, cette première mobilisation est annonciatrice d’un débat de société structurant pour l’Ontario français. Périodiquement remis à l’avant-scène, le dossier revient en force dans les années 2010 à la suite d’un rapport d’enquête du Commissariat aux services en français (2012) ainsi que la tenue des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français (2013-2014). Grâce aux actions communautaires, un projet de loi créant l’Université de l’Ontario français est adopté en décembre 2017.

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