25 octobre 2002


Ce sont des étrangers tel le poète américain Henry Longfellow qui ont d’abord raconté la terrible histoire de la déportation des Acadiens aux mains des Britanniques entre 1755 et 1762. Son Evangeline (1847) en devint le symbole. Très graduellement, cependant, des Acadiens des Maritimes se sont réapproprié publiquement la mémoire de ce « Grand Dérangement ».  

Personne, toutefois, n’a abordé le sujet de la responsabilité de la déportation avant le début des années 1990, quand l’avocat louisianais Warren Perrin exige des excuses de la Couronne britannique par voie judiciaire. 

L’idée est reprise par le député québécois aux origines acadiennes Stéphane Bergeron, qui tente en 1999 et en 2001 de convaincre le Parlement fédéral « d’intervenir […] afin que la Couronne britannique présente des excuses officielles pour les préjudices causés en son nom au peuple acadien de 1755 à 1763 ». Ces motions sont toutefois torpillées par le gouvernement fédéral de Jean Chrétien, avec l’appui de ses députés d’origine acadienne. La Société nationale de l’Acadie promet quant à elle de travailler avec les élus pour s’entendre sur le contenu d’une « meilleure » résolution, qui exclurait pourtant le terme « excuses ». Cette discussion suscite un vif débat dans les médias.  

C’est dans ce contexte que cinq personnes publient « le Manifeste Beaubassin » le 25 octobre 2002. « On a consulté des historiens et les archives. Nos trouvailles nous ont renversés », affirme l’initiatrice, Marie-Claire Dugas. Le Manifeste souligne l’ampleur du drame humain et le fait que l’opération était illégale selon les lois de l’époque. Il conclut qu’il s’agit d’un génocide.

L’année suivante, le gouvernement fédéral fait entériner une proclamation royale « reconnaissant les torts causés aux Acadiens par la Déportation ». Celle-ci ne contient cependant aucune « reconnaissance de responsabilité ».

Pour certains, c’est une « sortie élégante » de ce débat; pour d’autres, un symbole pauvre, qui ne permettra pas à l’Acadie de « rompre avec le cycle de la victimisation ». Depuis, le débat refait ponctuellement surface.  

Français du Canada