Une bonne étoile pour faire face aux risques et malheurs à l’ère industrielle


Au début du XXe siècle, les gouvernements s’occupent peu du bien-être de la population. Il n’y a ni assurance-santé, ni régimes d’indemnisation pour les accidents de travail, ni assurance-emploi, ni assistance sociale. La solidarité, c’est une affaire de famille, de voisins et de coparoissiens qui s’entraident au moyen de sacrifices personnels, d’échanges de services, de collectes et de corvées.
Toutefois, ces formes traditionnelles de secours réussissent de moins en moins bien à rejoindre les Acadiens. Nombre d’entre eux ont déjà migré vers des villes, souvent en Nouvelle-Angleterre, pour occuper des emplois industriels loin de leurs communautés rurales d’origine. C’est pourquoi, à l’été 1902, lors d’un congrès patriotique acadien tenu au Massachussetts, le médecin Lucien Belliveau propose que l’on forme des associations fraternelles acadiennes.
La « Société l’Assomption de bienveillance et de secours mutuels » voit le jour à Waltham, au Massachusetts, dès l’année suivante. Son mandat? « Rallier sous le même drapeau tous les Acadiens; secourir ses membres malades; assurer une aide pécuniaire aux héritiers légaux des membres défunts; conserver notre langue, nos mœurs et notre religion. » À ces objectifs s’ajoutent vite le soutien aux écoliers et aux étudiants. En 1913, année du déménagement de son siège social à Moncton, au Nouveau-Brunswick, la Société compte déjà 115 sections et 7 520 membres aux États-Unis et au Canada.
Si les Acadiens s’empressent de mettre sur pied leur propre association fraternelle, c’est parce le modèle a fait ses preuves chez d’autres groupes ethniques aux États-Unis et au Canada et aussi parce que les dirigeants des organisations communautaires souhaitent les décourager d’adhérer à ces organisations « étrangères ». Notons que dès 1864 les ouvriers canadiens-français d’Ottawa avaient adopté la même stratégie en fondant l’Union Saint-Joseph.
Ces sociétés n’étaient pas exactement des « compagnies d’assurances » tel qu’on les connaît aujourd’hui, puisqu’il existait chez elles une mission patriotique et religieuse. Voilà pourquoi le candidat devait déclarer solennellement faire partie du groupe culturel dans sa requête d’adhésion.
Comme en témoigne le « livre des minutes » d’une des sections de l’Assomption, les décisions concernant l’admission de membres et l’aide à leur apporter se prennent au cas par cas, lors des réunions des dirigeants des succursales locales. Devenue graduellement une compagnie d’assurances modernes, l’Assomption est encore en activité aujourd’hui.

Titre du document : Requête du candidat – Société l’Assomption
Date : 25 septembre 1910
Source : Université de Moncton, Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson (CEAAC), Dossier « Société l’Assomption, Succursale de Grand-Pré, 86, 2. »
Pour en savoir plus
En ligne
« Historique », site Web d’Assomption Vie.
« L’histoire d’Assomption Vie », L’heure de pointe en Acadie, Radio-Canada Ohdio, 4 janvier 2023.
« L’Union Saint-Joseph », La présence française en Ontario : 1610, passeport pour 2010.
Chiasson, Paulette M. « Benoît, Rémi », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Toronto, Université Laval/University of Toronto, 2003.
Robichaud, Daniel. « La société mutuelle l’Assomption », CyberAcadie : l’histoire acadienne, au bout des doigts.
Ouvrages, articles et chapitres
Léger, Antoine J., Les Grandes lignes de l’histoire de la Société l’Assomption, Québec, Imprimerie franciscaine missionnaire, 1933.


