S’adapter aux circonstances : solidarités francophones à l’épreuve de la Grande Dépression
À l’automne 1931, les effets de la Grande Dépression se font pleinement sentir. Le chômage touche déjà près d’un travailleur sur cinq. Les salaires sont à la baisse. Les secteurs industriels et commerciaux tournent au ralenti. Malgré tout, face à l’ampleur du phénomène, les gouvernements tardent à adopter des mesures interventionnistes d’assistance sociale. Alors que certains commencent à parler d’un « retour à la terre » comme sortie de crise, les fermes des Prairies se vident. La chute des prix du blé et du bétail malmène leur viabilité. Comme un malheur n’arrive jamais seul, un épisode de sécheresse touche la région, ce qui provoque une diminution dramatique des récoltes, surtout en Saskatchewan. C’est dans ce contexte que l’Association catholique franco-canadienne de cette province (ACFC) interpelle les francophonies canadiennes.
L’aide s’organise en Ontario. L’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (ACFEO) s’adjoint les forces de la Fédération des femmes canadiennes-françaises, de l’Union des agriculteurs franco-ontariens et de l’Association des maraîchers de la province d’Ontario dans une vaste souscription. Cinq wagons contenant chacun environ 35 000 livres de marchandises sont ainsi envoyés aux communautés francophones de Radville, Willow Bunch, Ponteix, Val-Marie et Meyronne. Le tout est accompagné d’un don de 900 dollars à l’ACFC (Le Droit, 5 février 1932).
Ce succès est plus ou moins modelé sur le travail entrepris par la Société Saint-Jean Baptiste de Québec (SSJB) quelques mois plus tôt. Pour la SSJB, la Dépression devient un prétexte pour remettre au premier plan la défense des droits scolaires des communautés francophones des autres provinces. On craint l’effondrement de ces « avant-postes » de la nation canadienne-française. Lancée en juin 1931, sa campagne a déjà amassé plus de 1400 dollars à la mi-octobre. Parmi les contributeurs figurent plusieurs syndicats catholiques, mais aussi les commandeurs de l’Ordre de Jacques-Cartier (Le Devoir, 16 octobre 1931).
La crise et le besoin d’un redressement économique forcent les acteurs du réseau associatif à se réinventer puisqu’ils n’ont pas été « fondé[s] dans le dessein de pourvoir à une situation comme celle d’aujourd’hui, que personne ne prévoyait alors » (Le Devoir, 11 janvier 1932).

Titre des documents : Lettre aux Canadiens français de la ville d’Ottawa, des villages et des paroisses des comtés de Russell et de Prescott; Lettre de l’Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan au Sénateur N.-A. Belcourt, président de l’Association d’Éducation.
Dates : 7 janvier 1932 et 23 février 1932
Source : Université d’Ottawa, Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF), Fonds Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), C2/178/4.
Pour en savoir plus
En ligne
Struthers, James. « La crise des années 1930 au Canada », L’Encyclopédie canadienne.
Verville, Simone. « La Saskatchewan au 20e siècle : mouvements de la population et le mythe de l’agriculture », Musée Virtuel Francophone de la Saskatchewan.
Articles de journaux et ouvrages
« Pour les Franco-Canadiens de la Saskatchewan », Le Devoir, 16 octobre 1931, p. 4.
« Geste magnanime de l’Association d’Éducation », Le Droit, 8 janvier 1932, p. 1.
« La campagne en faveur des nôtres de la Saskatchewan », Le Droit, 12 janvier 1932, p. 1.
« Dernier char rempli d’offrandes, en route », Le Droit, 5 février 1932, p. 10.
Bock, Michel, et Yves Frenette (dir). Résistances, Mobilisations et Contestations : L’Association Canadienne-Française de l’Ontario (1910-2006), Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2019.
Héroux, Omer. « De la Saskatchewan à l’Ontario », Le Devoir, 11 janvier 1932, p. 1.
Lapointe, Richard, et Lucille Tessier. Histoire des Franco-Canadiens de la Saskatchewan, Régina, La Société historique de la Saskatchewan, 1986.
Robillard, Denise. L’Ordre de Jacques Cartier, 1926-1965, Montréal, Fides, 2009.


