8-16 août 1955


À l’été 1955, les Acadiens et Acadiennes commémorent avec faste le bicentenaire des déportations subies par leurs ancêtres entre 1755 et 1762. L’occasion donne lieu à une multitude de manifestations locales partout dans les Maritimes. Toutefois, ce sont surtout les célébrations de grande portée qui retiennent l’attention. De Moncton à Grand-Pré se succèdent les reconstitutions historiques, concerts de folklore, messes, banquets et défilés. Le tout culmine le 15 août, jour de l’Assomption, la fête nationale. La Société Radio-Canada télédiffuse d’ailleurs ces évènements.

Ce sont des représentants d’importantes institutions acadiennes, telles que la société mutuelle l’Assomption, qui se sont donné le mandat d’organiser ces célébrations. Ils espèrent favoriser un engagement politique populaire et donner un nouvel élan à la Société nationale l’Assomption (SNA), qu’on veut doter d’un bureau permanent.

Le message des célébrations mélange tradition et modernité. D’un côté, on réitère le discours « providentiel », voulant que l’Acadie ait été sauvée par sa foi. De l’autre, on met résolument l’accent sur les progrès récents de l’Acadie et on anticipe un avenir meilleur, plus moderne. Aucune trace de rancœur envers les auteurs des événements commémorés; le thème du défilé de Moncton est d’ailleurs « Acadie triomphante ou l’Acadie de 1955 ».

Ces célébrations provoquent plusieurs échos. Par exemple, la maison Baig’s de Moncton convie la population à une « bombe du bicentenaire » afin de liquider son stock de meubles (L’Évangéline, 11 août 1955). Le tout est également souligné au Québec alors que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal fait une place d’honneur à l’Acadie lors du défilé du 24 juin (Le Devoir, 30 mars 1955). Dans les communautés en situation minoritaire, les évènements sont couverts par les journaux (La Survivance, 10 août 1955; La Liberté et le Patriote, 13 août 1955).

Les fêtes nationales servent parfois à créer de nouvelles traditions. C’est dans ce cadre qu’a lieu le premier tintamarre  — une forme de manifestation participative où la foule est invitée à faire le plus de bruit possible, geste qui symbolise la présence continue des Acadiens sur le territoire. La pratique s’est depuis propagée chez les francophones au Canada.

Français du Canada