Faire front commun


Dans la foulée de l’adoption de la Loi sur les langues officielles en 1969, le gouvernement canadien s’engage dans la promotion du bilinguisme. En plus de créer un poste de commissaire aux langues officielles, il alloue des sommes pour l’apprentissage du français dans la fonction publique fédérale et entame des négociations avec les provinces pour favoriser l’enseignement dans les deux langues officielles. Par ailleurs, en 1971, le Secrétariat d’État met en place le Programme d’appui aux communautés minoritaires de langues officielles afin d’offrir du financement aux associations porte-parole des minorités. Toutefois, aux yeux de la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ), mise sur pied en novembre 1975, ces mesures sont loin d’être suffisantes.
Ce que la FFHQ reproche aux autorités, c’est de privilégier le bilinguisme institutionnel. Cette approche, axée sur la prestation des services gouvernementaux, se ferait au détriment d’initiatives communautaires ayant pour but d’assurer la pérennité de la langue française.
À l’aube de son premier anniversaire, la FFHQ invite l’ensemble du réseau associatif à faire front commun en interpellant le Bureau du premier ministre. Par le moyen d’une campagne de lettres et de télégrammes, la mobilisation vise à dénoncer « l’inertie du Secrétariat d’État à répondre aux besoins les plus pressants des francophones ». Le front commun demande un investissement accru envers les groupes communautaires afin de porter l’enveloppe globale de 3 à 6 millions de dollars.
En conférence de presse, le président de la FFHQ, Donatien Gaudet, résume bien l’esprit qui anime les militants : « À quoi et à qui vont servir tous les services institutionnels bilingues si les communautés francophones sont anéanties faute de moyens que le gouvernement fédéral se refuse à nous offrir » (Le Droit, 30 septembre 1976). Peine perdue, on annonce en novembre 1976 une majoration d’à peine 500 000 dollars.
À une époque où le gouvernement fédéral devient un interlocuteur de premier plan du réseau associatif, cette campagne témoigne de l’importance grandissante du financement public pour les organismes francophones. Le contexte est également annonciateur d’un refroidissement des relations entre la FFHQ et le gouvernement fédéral. Malgré un succès mitigé, cet épisode positionne la FFHQ comme le principal lobby des causes politiques et identitaires de la francophonie canadienne.

Titre du document : Lettre de Rémy Beauregard, secrétaire général, Association canadienne-française de l’Ontario au compatriote franco-ontarien, 2 p.
Date : 8 novembre 1976
Source : Université d’Ottawa,Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF), Fonds Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), C2/180/6.
Pour en savoir plus
Ouvrages, articles et chapitres
Allaire Gratien. « De l’Église à l’État. Le financement des organismes francophones de l’Ouest, 1956-1970 », dans Jean Lafontant (dir.), L’État et les minorités, Saint-Boniface, Éditions du Blé et Presses universitaires de Saint-Boniface, 1993, p. 229-243.
« Bilinguisme : le fédéral fait fausse route », Le Droit, 30 septembre 1976, p. 1.
Bissonette, Lise. « Selon la Fédération des francophones hors Québec, la politique de bilinguisme est un échec », Le Devoir, 30 septembre 1976, p. 1-6.
Gagné, J-Alphée. « Les communautés francophones hors Québec s’impatientent », Le Soleil, 30 septembre 1976, p. B 1.
Léger, Rémi. « Le régime linguistique canadien à l’épreuve du désir de faire société », International Journal of Canadian Studies / Revue internationale d’études canadiennes, no 45-46 (2012), p. 187-198.
« Les Franco-Ontariens sont déçus de la hausse minime du budget de bilinguisme aux minorités », Le Devoir, 17 novembre 1976, p. 8.
Martel, Marcel. « Les politiques gouvernementales fédérale et québécoise à l’égard des minorités francophones du Canada, 1960-1980 », Francophonies d’Amérique, vol. 9 (1999), p. 199-208.
Richard, Paul-Émile. « Un nouveau tabou… bilingue », Le Droit, 6 octobre 1976.
Savard, Stéphane. « Pour “Une politique globale, précise, cohérente et définitive de développement” : les leaders franco-ontariens et les encadrements politiques fédéraux, 1968-1984 », Politique et Sociétés, vol. 27, no 1 (2008), p. 129-155.


