Le multiculturalisme en question
En octobre 1971, le gouvernement canadien adopte le multiculturalisme comme une politique gouvernementale officielle. Découlant des recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (1963-1971), cette politique veut favoriser la participation des minorités ethnoculturelles à la vie publique et reconnaître leurs contributions culturelles au pays. De prime abord, les organismes francophones se reconnaissent peu dans ce nouveau cadre conceptuel, qui s’éloigne de la vision d’un Canada binational reposant sur un pacte entre deux peuples fondateurs.
Cela n’empêche pas l’opinion publique et certaines provinces de soutenir le multiculturalisme. C’est le cas de la Saskatchewan. Le gouvernement néo-démocrate d’Allan Blakeney (1971-1982) en fait un véritable projet identitaire. Soucieux de développer une conscience régionale forte, il estime que la Saskatchewan ne saurait se définir par le biculturalisme en raison de sa démographie aux origines diverses.
L’Association culturelle franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC) refuse, pour sa part, de voir la communauté fransaskoise être réduite à un groupe ethnique parmi tant d’autres. En 1986, elle change toutefois son fusil d’épaule. Dans un mémoire qu’elle signe avec d’autres organismes fransaskois, elle acquiesce désormais aux grands objectifs de la politique multiculturaliste de la province, tout en faisant du bilinguisme institutionnel une condition de cette reconnaissance.
Dans les années qui suivent, les autres associations membres de la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ) se préoccupent à leur tour de plus en plus des questions liées à l’immigration, au pluralisme et au vivre-ensemble. Leurs dirigeants se trouvent de plus en plus d’intérêts communs avec les groupes représentant des communautés culturelles, particulièrement dans les domaines de l’éducation et de l’animation sociale. Dans la foulée, on remplace de plus en plus le vocable « canadien-français » par celui de « francophone » afin de normaliser les relations entre les communautés en situation minoritaire et les nouveaux arrivants. De nouvelles entités émergent, telle l’Association multiculturelle francophone de l’Ontario (AMFO), et des associations provinciales se rebaptisent dans l’espoir de mieux embrasser la diversité, comme l’ACFO qui devient l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) en 2006.

Titre du document : Position de l’Association culturelle franco-canadienne en réponse au document Multicultural Futures: Saskatchewan Options.
Date : août 1986
Source : Université d’Ottawa, Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF), Fonds Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), C2/178/6.
Pour en savoir plus
En ligne
« La politique canadienne du multiculturalisme de 1971 », Musée canadien de l’immigration du Quai 21.
Jedwab, Jack. « Multiculturalisme », L’Encyclopédie canadienne.
Joly, Andréanne. « Cinquante ans plus tard, le multiculturalisme canadien a toujours ses limites », Francopresse, 7 octobre 2021.
Ouvrages, articles et chapitres
Bock, Michel. « Des braises sous les cendres : l’Ontario français et le projet national canadien-français au lendemain des États généraux (1969-1991) », dans Joseph Yvon Thériault et Jean-François Laniel (dir.), Retour sur les États généraux du Canada français, continuités et ruptures d’un projet national, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2016, p. 167-232.
Boily, Anne. « Des peuples fondateurs au pluralisme. Comment, et à quel moment l’immigration et le pluralisme deviennent-ils des priorités pour les associations francophones canadiennes? », thèse de maîtrise (science politique), Université d’Ottawa, 2017.
McGrane, David. « From Liberal Multiculturalism to Civic Republicanism: An Historical Perspective on Multiculturalism Policy in Manitoba and Saskatchewan », Canadian Ethnic Studies, vol. 43, no 1-2 (2011), p. 81-107.
McNichol, Dustin James. « “You Can’t Have it All French, All at Once”: French Language Rights, Bilingualism and Political Community in Saskatchewan, 1870–1990 », thèse de Ph. D. (histoire), University of Saskatchewan, 2016.


