Août 1986


En octobre 1971, le gouvernement canadien adopte le multiculturalisme comme une politique gouvernementale officielle. Découlant des recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (1963-1971), cette politique veut favoriser la participation des minorités ethnoculturelles à la vie publique et reconnaître leurs contributions culturelles au pays. De prime abord, les organismes francophones se reconnaissent peu dans ce nouveau cadre conceptuel, qui s’éloigne de la vision d’un Canada binational reposant sur un pacte entre deux peuples fondateurs.

Cela n’empêche pas l’opinion publique et certaines provinces de soutenir le multiculturalisme. C’est le cas de la Saskatchewan. Le gouvernement néo-démocrate d’Allan Blakeney (1971-1982) en fait un véritable projet identitaire. Soucieux de développer une conscience régionale forte, il estime que la Saskatchewan ne saurait se définir par le biculturalisme en raison de sa démographie aux origines diverses.  

L’Association culturelle franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC) refuse, pour sa part, de voir la communauté fransaskoise être réduite à un groupe ethnique parmi tant d’autres. En 1986, elle change toutefois son fusil d’épaule. Dans un mémoire qu’elle signe avec d’autres organismes fransaskois, elle acquiesce désormais aux grands objectifs de la politique multiculturaliste de la province, tout en faisant du bilinguisme institutionnel une condition de cette reconnaissance.

Dans les années qui suivent, les autres associations membres de la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ) se préoccupent à leur tour de plus en plus des questions liées à l’immigration, au pluralisme et au vivre-ensemble. Leurs dirigeants se trouvent de plus en plus d’intérêts communs avec les groupes représentant des communautés culturelles, particulièrement dans les domaines de l’éducation et de l’animation sociale. Dans la foulée, on remplace de plus en plus le vocable « canadien-français » par celui de « francophone » afin de normaliser les relations entre les communautés en situation minoritaire et les nouveaux arrivants. De nouvelles entités émergent, telle l’Association multiculturelle francophone de l’Ontario (AMFO), et des associations provinciales se rebaptisent dans l’espoir de mieux embrasser la diversité, comme l’ACFO qui devient l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) en 2006.   

Français du Canada