Notre place ? Liaisons intergénérationnelles et place aux enjeux intersectionnels dans le milieu des arts en Ontario


L’heure est au manifeste en 1993 pour le jeune dramaturge (Louis) Patrick Leroux, fondateur du Théâtre la Catapulte qui voyait le jour un an plus tôt à Ottawa, et nul lieu n’est aussi bien trouvé que la revue d’arts Liaison pour être entendu. Fondée en 1978 par l’organisme ontarien Théâtre Action, Liaison est présentée dans sa première édition comme un « petit périodique d’information de type journalistique ou recueil d’une communauté d’idée, de sensations ou d’intentions ». (Jean-Pierre Bégin, Liaison, 1978 : 2) Sa création répond d’abord au besoin identifié par les réseaux artistiques francophones en Ontario de mettre sur pied une publication destinée à la promotion de leurs activités. Or, outre sa dimension informative, la revue Liaison représente en effet un espace important de prise de parole, de critique artistique et littéraire, de création et d’échange pour tout un ensemble d’actrices et d’acteurs dont le travail touche la pratique artistique francophone au Canada.
La présentation, d’un dossier thématique entourant la publication du « Manifeste de la génération manifeste » de Leroux, offre une telle occasion de débattre d’enjeux sociaux et artistiques contemporains. Le programme esthétique proposé par le défenseur de la « génération X » face aux « baby-boomers » se résume d’ailleurs bien par le titre du dossier thématique qui rassemble les réactions au manifeste de dix artistes d’âge et de disciplines artistiques variées : « Notre place : Tasse-toé ». Tel qu’en témoignent les interventions publiées dans ce dossier, l’invitation de Leroux à exprimer une solidarité entre pairs est surtout perçue comme maladroite. Bien au-delà d’un conflit intergénérationnel, les réactions à ce manifeste attestent de la diversité des enjeux préoccupant les artistes en matière de création à la fin du siècle : paradigmes stylistiques et transformations technologiques, infrastructure et perfectionnement professionnel, industrialisation et marchandisation de l’art et encore, le caractère foncièrement intersectionnel des inégalités vécues à travers les générations.
Le rayonnement de la revue Liaison s’étend jusqu’en Acadie et dans l’Ouest canadien. Publiée quatre à cinq fois par année par les Éditions l’Interligne à Ottawa, la publication de la revue d’arts prend fin en 2018 après quarante ans d’activité.
Titre du document : Patrick Leroux, Manifeste de la génération manifeste, revue Liaison, no 74, (novembre 1993) : p. 21-32, reproduit avec la permission les Éditions l’Interligne.
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Ouvrages, articles et chapitres
Hotte, Lucie, Joël Beddows et Isabelle Kirouac Massicotte. « Ottawa, capitale culturelle ? », dans Anne Gilbert, Linda Cardinal, Michel Bock, Lucie Hotte et François Charbonneau (dir.), Ottawa, lieu de vie français, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2017, p. 239-280.
Leroux, Louis Patrick. « Commettre des manifestes », L’Oiseau-Tigre – Les Cahiers du Théâtre français, Ottawa, 2008, p. 71-80.
Melançon, Johanne. « Au-delà d’une littérature régionale en Ontario français : remise en question du sentiment d’appartenance idéologique et générationnelle chez Louis Patrick Leroux », Études canadiennes / Canadian Studies, 92 (2022), p. 151-168.


