Il faut maintenant s’entendre :
le club de la « bonne entente »

En 1912, le gouvernement de l’Ontario met en place le Règlement 17, une directive qui limite aux deux premières années de l’élémentaire l’utilisation du français comme langue d’instruction. Cette décision déclenche une crise politique. La population franco-ontarienne se mobilise, estimant que le gouvernement doit reculer. L’action collective est toutefois insuffisante.
Les dirigeants franco-ontariens portent la cause de l’usage du français dans le système scolaire devant les tribunaux. Ces derniers déterminent toutefois que le gouvernement ontarien a le droit de restreindre l’usage du français comme langue d’instruction. Face à ces échecs et prenant acte des tensions linguistiques résultant de la crise de la conscription de 1917, les dirigeants franco-ontariens revoient leurs stratégies. Ils modifient leurs tactiques afin de s’inscrire dans le « mouvement de la bonne entente », créé par un groupe de politiciens et de gens d’affaires ontariens et québécois, anglophones et francophones, préoccupés par l’unité nationale.
Le présent document est une lettre envoyée à l’exécutif de la Fédération des femmes canadiennes-françaises proposant l’adhésion à ce mouvement. Pour résoudre le conflit scolaire, le temps est à la diplomatie, « comme savent le faire les femmes », précise le document. La constitution du club prévoit qu’il faut « faire tous les efforts possibles pour créer de l’harmonie et de l’affection entre les divers éléments » de la population. Les objectifs sont de favoriser l’apprentissage des deux langues officielles du pays et d’inciter le gouvernement provincial à abolir le Règlement 17.
Ce document rappelle le rôle politique des femmes. Les Franco-Ontariennes participent activement au conflit scolaire. Par exemple, en janvier 1916, certaines d’entre elles utilisent leurs épingles à chapeaux pour empêcher des policiers d’entrer dans l’école Guigues d’Ottawa, où des enseignantes donnent leurs cours en français. Elles restent de garde jusqu’à la fin de l’année scolaire. Quelques années plus tard, lorsque la stratégie de la « bonne entente » s’impose, les femmes jouent encore un rôle.
Cette stratégie s’avère victorieuse, mais demande patience chez ses partisans. Ce n’est qu’en 1927 que le gouvernement de l’Ontario abandonne l’application du Règlement 17, qui sera finalement aboli en 1944 (voir la fiche « Le bilinguisme comme solution à la crise provoquée par le Règlement 17 »).
Titre du document : Constitution du Club Bonne Entente soumise à l’Exécutif de la Fédération des femmes canadiennes-françaises.
Date : 13 avril 1920
Source : Université d’Ottawa, Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF), Fonds Association canadienne-française de l’Ontario (ACFEO), C2/137/2
Pour en savoir plus
En ligne
« Le Règlement XVII », La présence française en Ontario : 1610, passeport pour 2010, CRCCF, Université d’Ottawa
« La Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises (FNFCF) », La présence française en Ontario : 1610, passeport pour 2010, CRCCF, Université d’Ottawa
Ouvrages et article
Bock, Michel, et François Charbonneau (dir.). Le siècle du Règlement 17. Regards sur une crise scolaire et nationale, Sudbury, Prise de parole, 2015.
Brunet, Lucie. Almanda Walker-Marchand (1868-1949). Une féministe franco-ontarienne de la première heure, Ottawa, Les Éditions L’Interligne, 1992.
Desjardins, Michèle. Les femmes de la diaspora canadienne-française. Brève histoire de la FNFCF de 1914 à 1991, Ottawa, Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises, 1991.
Talbot, Robert. « Une réconciliation insaisissable : le mouvement de la bonne entente, 1916-1930 », Mens, vol. 8, no 1 (automne 2007), p. 67-125.


