À la défense de la langue française
En 1890, le gouvernement du Manitoba abolit le français comme langue officielle de la province et crée un système scolaire unique, dans lequel aucun enseignement religieux n’est autorisé. Or les communautés francophones et métisses comptaient sur les écoles catholiques pour transmettre leur langue et leur culture.
Ces décisions provoquent une crise nationale. En novembre 1896, le gouvernement fédéral de Wilfrid Laurier et celui du Manitoba, dirigé par Thomas Greenway, négocient un compromis permettant l’enseignement du catholicisme à raison de trente minutes par jour dans les écoles fréquentées par les catholiques. En revanche, le français n’est pas rétabli comme langue officielle de la province.
Un nouveau recul pour les francophones du Manitoba survient le 10 mars 1916. Le premier ministre libéral Tobias Crawford Norris interdit tout enseignement dans une langue autre que l’anglais.
Chez les francophones, c’est le branle-bas de combat. Leurs dirigeants appellent à l’unité. Mais le combat engendre des frictions entre les Canadiens français et les Métis. Ces derniers participent à la création de l’Association d’éducation canadienne-française du Manitoba (AECFM), destinée à lutter pour le français comme langue d’enseignement. Plusieurs Métis délaissent cependant l’Association.
Ce schisme fait suite à la décision du député provincial de Saint-Boniface Joseph Pierre Dumas, d’origine métisse, de poursuivre le gouvernement provincial. Pour Dumas, le gouvernement provincial doit respecter le traité négocié par les Métis en 1870, qui amène la création du Manitoba comme une province bilingue (voir la fiche Nous les Métis). L’AECFM condamne le geste de Dumas, car elle ne veut pas « se prévaloir des traités ».
Aux yeux des Métis, l’attitude de l’AECFM constitue une trahison, car celle-ci refuse de se battre en faveur de la reconnaissance du français comme langue officielle. Les participants à la réunion du 16 juillet 1916 rappellent leurs obligations morales, politiques et historiques comme membres de la nation métisse. Par conséquent, ils appuient la démarche du député Dumas de « restaurer l’officialité de la langue française » au Manitoba. Ils s’éloignent de l’AECFM en raison de sa tiédeur en matière de droits linguistiques et favorisent la création d’un « comité national » métis.

Titre du document : Assemblée d’un groupe de Métis de St. Vital et des environs pour discuter et étudier les questions touchant les intérêts métis
Date : 16 juillet 1916
Source : Centre du patrimoine, Société historique de Saint-Boniface, UNMSJM 0003-1093-596.
Pour en savoir plus
En ligne
Verrette, Michel. « Question des écoles du Manitoba », L’Encyclopédie canadienne.
Articles et ouvrages
« Cette action », La Liberté, 21 juin 1916, p. 1.
« Encore cette action », La Liberté, 28 juin 1916, p. 7.
Martel, Marcel, et Martin Pâquet. Langue et politique au Canada et au Québec : une synthèse historique, Montréal, Boréal, 2010.
Painchaud, Robert. Un rêve français dans le peuplement de la Prairie, Saint-Boniface, Éditions des Plaines, 1986.


