1910


Ce sont les paroles d’une chanson composée par Mathilda Plamondon, matriarche de la famille qui a fondé le village de Plamondon, dans le nord-est de l’Alberta, en 1908. Bien que légère et même un brin humoristique, cette chanson constitue un témoignage qui permet d’imaginer certains aspects de la vie au sein de ces nouvelles communautés.

L’histoire de cette famille — et, par extension, de ce village — est intimement liée à la grande mobilité des Canadiens français des années 1850 aux années 1920. Pendant cette période, plus d’un million d’entre eux ont quitté la vallée du Saint-Laurent pour mieux gagner leur vie, formant une diaspora d’ampleur continentale. Partout — des villes industrielles de la Nouvelle-Angleterre aux colonies de l’Ouest canadien, en passant par les villages agricoles du Midwest américain et les chemins de fer du nord de l’Ontario —, ces migrants ont apporté avec eux leur langue, leurs pratiques et leurs traditions.

Certaines familles se déplaçaient même à plusieurs reprises sur quelques générations. C’est le cas du mari de Mathilda, Joseph qui, jeune enfant, avait quitté le Québec pour le Michigan en 1867 avec ses parents. Adulte, il parvint à y mener une vie plutôt confortable : il avait une grande ferme, où il éleva une famille de neuf enfants qui fréquentaient tous l’école catholique, dont il était d’ailleurs l’un des commissaires.

Pourtant, au tournant du XXe siècle, devant les invitations répétées du gouvernement canadien, du clergé catholique et des sociétés de colonisation, qui recrutaient les Franco-Américains pour peupler l’Ouest canadien, celui qu’on appelait affectueusement « le père Joe » ne put résister à l’appel. En 1908, à 47 ans, il effectua un déménagement de près de 3 000 kilomètres avec sa famille, afin de créer avec elle un village où il serait possible de « perpétuer la langue et la culture » canadienne-française (Cadrin et Dubé, p. 96). Les Plamondon et leurs voisins réussiront, notamment en s’alliant avec la communauté métisse locale et en accueillant de nouveaux migrants francophones venus de l’Est et d’Europe.

Joseph a donc gagné son pari, mais comme le dit la chanson, ce ne sera pas sans laisser ses deux filles aînées au Michigan… ni sans donner le goût du voyage à sa femme.

Français du Canada