Aider et servir le peuple :
le mouvement des caisses populaires
La période suivant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) est marquée par une grande relance économique et l’arrivée de la « société de consommation ». La fin des hostilités et des privations, couplée au développement de l’État providence, donne lieu à l’enrichissement et au relèvement général du niveau de vie.
L’élite nationaliste, tant en Acadie qu’au Canada français, fait face à un dilemme. Historiquement, elle a rejeté le « matérialisme » et « l’américanisation » qu’elle perçoit comme des vecteurs d’anglicisation et d’assimilation. Au lendemain de la guerre, toutefois, les francophones ne peuvent ni ne veulent rester en marge de cet essor. Le mouvement coopératif apparaît alors comme une solution idéale afin de favoriser l’émancipation économique des individus, tout en l’inscrivant dans un projet collectif, démocratique et catholique.
À l’instar du Mouvement Desjardins fondé en 1900 au Québec, des caisses d’épargne et de crédit se répandent dans la francophonie canadienne durant la première moitié du XXe siècle. Elles s’enracinent en Acadie dans les années 1930, et se développent rapidement pendant la décennie suivante. On assiste à la création de la Fédération des Caisses populaires acadiennes en 1945. L’Ordre de Jacques-Cartier (voir fiche « Les mots d’ordre de l’Ordre de Jacques Cartier ») n’est pas étranger à cette institutionnalisation.
Les caisses acadiennes sont aussi influencées par le mouvement Antigonish émanant de l’Université St. Francis Xavier, en Nouvelle-Écosse, durant les années 1930. Cette philosophie catholique libérale prône l’éducation populaire comme remède aux défis socioéconomiques de la Grande Dépression. Des cercles d’études sont organisés dans de nombreuses paroisses acadiennes afin de faire la promotion des valeurs coopératives.
La série de cours présentée ici s’inscrit dans cette lignée. En plus de renseigner le membre sur sa participation à la caisse, elle doit aussi lui enseigner des notions plus larges concernant l’épargne, le crédit et l’assurance. Ce mode de fonctionnement n’est pas unique aux caisses acadiennes. En Ontario français, par exemple, il existe des cercles semblables, ainsi que des cours par correspondance parrainés par le Centre social de l’Université d’Ottawa.
Au tournant des années 1950, les caisses populaires sont bien implantées en Acadie. Au Nouveau-Brunswick, elles comptent 78 785 sociétaires en 1966.

Titre du document : La Fédération des Caisses Populaires Acadiennes : cours
Dates : 1947
Source : Université de Moncton, Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson (CEAAC), dossier 936-5 – Fédération des Caisses populaires acadiennes, divers : Suite de petits cours
Pour en savoir plus
Articles et ouvrages
Allaire, Gratien. « Les débuts du mouvement coopératif franco-albertain, 1939-1946 », dans Raymond Théberge et Jean Lafontant (dir.), Demain, la francophonie en milieu minoritaire?, Saint-Boniface, Centre de recherche du Collège universitaire de Saint-Boniface, 1987, p. 229-255.
Daigle, Jean. Une force qui nous appartient : la Fédération des caisses populaires acadiennes, 1936-1986, Moncton, Édition d’Acadie, 1990.
Dupuis, Serge. « L’horizon de possibilités pour une économie propre à la minorité. Le coopératisme en Ontario français (1894-2015) », Revue du Nouvel-Ontario, vol. 41 (2016), p. 59-120.
Girard, Jean-Pierre, et Suzi Brière. Une identité à affirmer, un espace à occuper : aperçu historique du mouvement coopératif au Canada français, [Montréal], Chaire de coopération Guy-Bernier, et [Sherbrooke], Institut de recherche et d’enseignement pour les coopératives de l’Université de Sherbrooke, 1999.
Levesque, Monique, et Sébastien Deschênes. « Le mouvement des caisses populaires acadiennes et sa contribution à la vitalité de la communauté acadienne et francophone du Nouveau-Brunswick », Revue de l’Université de Moncton, vol. 41, no 1 (2010), p. 83-115.
Martel, Marcel. « Être pauvre en période d’abondance : développement économique et communautés francophones depuis 1945 », Francophonies d’Amérique, vol. 26 (2008), p. 95-117.
Massicotte, Julien. « Portrait d’un “fondateur dans l’âme” : Clément Cormier, pionnier des sciences sociales en Acadie du Nouveau-Brunswick », Acadiensis, vol. 38, no 1 (2009), p. 3-32.
Poulin, Pierre. Histoire du Mouvement Desjardins. Tome 1. Desjardins et la naissance des caisses populaires. Montréal, Québec/Amérique, La Société historique Alphonse-Desjardins, 1990.


