1947


La période suivant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) est marquée par une grande relance économique et l’arrivée de la « société de consommation ». La fin des hostilités et des privations, couplée au développement de l’État providence, donne lieu à l’enrichissement et au relèvement général du niveau de vie.  

L’élite nationaliste, tant en Acadie qu’au Canada français, fait face à un dilemme. Historiquement, elle a rejeté le « matérialisme » et « l’américanisation » qu’elle perçoit comme des vecteurs d’anglicisation et d’assimilation. Au lendemain de la guerre, toutefois, les francophones ne peuvent ni ne veulent rester en marge de cet essor. Le mouvement coopératif apparaît alors comme une solution idéale afin de favoriser l’émancipation économique des individus, tout en l’inscrivant dans un projet collectif, démocratique et catholique. 

À l’instar du Mouvement Desjardins fondé en 1900 au Québec, des caisses d’épargne et de crédit se répandent dans la francophonie canadienne durant la première moitié du XXe siècle. Elles s’enracinent en Acadie dans les années 1930, et se développent rapidement pendant la décennie suivante. On assiste à la création de la Fédération des Caisses populaires acadiennes en 1945. L’Ordre de Jacques-Cartier (voir fiche « Les mots d’ordre de l’Ordre de Jacques Cartier ») n’est pas étranger à cette institutionnalisation.

Les caisses acadiennes sont aussi influencées par le mouvement Antigonish émanant de l’Université St. Francis Xavier, en Nouvelle-Écosse, durant les années 1930. Cette philosophie catholique libérale prône l’éducation populaire comme remède aux défis socioéconomiques de la Grande Dépression. Des cercles d’études sont organisés dans de nombreuses paroisses acadiennes afin de faire la promotion des valeurs coopératives. 

La série de cours présentée ici s’inscrit dans cette lignée. En plus de renseigner le membre sur sa participation à la caisse, elle doit aussi lui enseigner des notions plus larges concernant l’épargne, le crédit et l’assurance. Ce mode de fonctionnement n’est pas unique aux caisses acadiennes. En Ontario français, par exemple, il existe des cercles semblables, ainsi que des cours par correspondance parrainés par le Centre social de l’Université d’Ottawa. 

Au tournant des années 1950, les caisses populaires sont bien implantées en Acadie. Au Nouveau-Brunswick, elles comptent 78 785 sociétaires en 1966.

Français du Canada