La chanson, gardienne de la langue
La fin des années 1960 et le début des années 1970 marquent un « tournant culturel » pour les francophonies canadiennes. Après les États généraux du Canada français s’ensuit une période d’affirmation où une nouvelle génération d’artistes pose un regard identitaire sur la langue et les réalités sociales en milieu minoritaire. On n’a qu’à penser aux pièces de théâtre La Sagouine (1971), Moé j’viens du Nord, ’stie (1971) ou encore Je m’en vais à Régina (1975), où les protagonistes embrassent sans complexe le langage et les us du pays.
Un peu partout, la jeunesse du baby-boom s’exprime aussi dans des boîtes à chansons. La popularité grandissante de ces établissements auprès du public témoigne de la naissance d’une musique francophone distincte du répertoire traditionnel. Des auteurs-compositeurs-interprètes y font leurs premières armes, comme le Manitobain Daniel Lavoie, l’Acadienne Édith Butler et l’Ontarien Robert Paquette.
Au Manitoba, devant l’ampleur du phénomène, une question se pose : pourquoi ne pas doter la communauté d’une salle permanente? C’est chose faite en 1967, avec l’inauguration du premier centre culturel de Saint-Boniface. Avec le concours de l’organisme Jeunes Franco-Manitobains, on crée « le 100 NONS », comité chargé d’administrer un cabaret épaulé financièrement par l’enseignant et militant Antoine Gaborieau (1926-2010). Les artistes commencent à fouler les planches à l’automne 1967.
Dans les suites du Rallye du Manitoba français, les dirigeants communautaires s’entendent pour réclamer du gouvernement fédéral davantage de fonds pour le domaine culturel. Dans un mémoire soumis au Secrétariat d’État, l’Association des Canadiens français du Manitoba (ACFM) demande un soutien accru pour les arts vivants (La Liberté et le patriote, 13 novembre 1968). Le texte fait écho à la lettre du 100 NONS adressée au secrétaire d’État, Gérard Pelletier, afin de moderniser la salle et ses équipements.
Les autorités se montrent réceptives. Au début des années 1970, le 100 NONS reçoit annuellement une subvention. Le tout témoigne de l’importance croissante du secteur culturel dans l’affirmation identitaire des communautés francophones en situation minoritaire, mais aussi de la place grandissante de l’État dans le soutien de ces communautés.
Titre du document : Le 100 NONS. Organe des jeunes Franco-Manitobains, Centre culturel- Saint-Boniface, Manitoba
Date : 24 septembre 1968
Source : Archives de la Ville de Québec, Fonds Conseil de la vie française en Amérique, cote : AVQ-P52-9B-1577-12
Pour en savoir plus
Articles de journaux et ouvrages
« La jeunesse franco-manitobaine, avenir du peuple français au Manitoba », La Liberté et le patriote, 26 octobre 1967, p. 1.
« Saint-Boniface a enfin son centre culturel », La Liberté et le patriote, 30 novembre 1967, p. 1.
« Mémoire de l’ACFM au gouvernement fédéral », La Liberté et le patriote, 13 novembre 1968, p. 10.
« Le 100 nons, sept ans de temps », La Liberté, 30 octobre 1974, p. 18.
Auger, Maurice. « Réunion Annuelle du 100 NONS », La Liberté, 2 août 1972, p. 3.
Auger, Roger. Je m’en vais à Régina, Montréal, Leméac, 1976.
Gaborieau, Antoine. Une histoire à chanter : historique du 100 NONS, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 1992.
Hébert, Raymond. La Révolution tranquille au Manitoba français, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 2012.
Maillet, Antonine. La Sagouine. Pièce pour une femme seule, Montréal, Leméac, 1972.
Paiement, André. Moé j’viens du Nord, ’stie, Sudbury, Prise de Parole, 2003.


