28 mars 1980


Le mouvement québécois visant l’accession à la souveraineté-association pose un défi aux organismes des francophonies canadiennes. Depuis l’élection du Parti québécois en 1976, la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ) cherche à exploiter la menace souverainiste pour presser le gouvernement canadien de tenir compte de la dualité linguistique et nationale lors d’éventuelles négociations constitutionnelles (voir fiche « Pour ne plus être sans pays »).  

Au printemps 1980, les membres de la FFHQ tentent d’arriver à une position commune. Alors que l’Association canadienne-française de Saskatchewan se range clairement dans le camp du OUI, d’autres comme l’Association canadienne-française de l’Ontario penchent vers la neutralité. Au terme d’un exercice « laborieux », la FFHQ choisit de ne pas appuyer le NON, tout en constatant une « évolution vers le OUI » (Le Devoir, 31 mars 1980).

Cet énoncé public vise surtout à ne pas nuire aux forces souverainistes. Les dirigeants de la Fédération espèrent que le OUI récoltera assez de votes pour forcer la tenue d’une négociation constitutionnelle. Entre-temps, la FFHQ entend faire monter les enchères auprès des gouvernements provinciaux afin que ceux-ci répondent aux positions qu’elle a formulées au cours des dernières années (voir fiche « Les Héritiers de Lord Durham »).  

Bien que la Fédération des Acadiens de la Nouvelle-Écosse (FANE) accepte le principe de l’autodétermination du peuple québécois, l’organisme « ne veut pas voir le Québec se séparer », car cela « entraînerait de graves conséquences » pour la communauté acadienne (Le Droit, 9 mai 1980). La crainte de perdre certains acquis linguistiques et scolaires est ici un argument qui fait écho à d’autres propos similaires dans la francophonie canadienne.

Le 20 mai 1980, une majorité de Québécois rejette l’option souverainiste. N’empêche, la tenue du référendum ouvre la porte à de nouvelles négociations portant sur le rapatriement de la Constitution et l’inclusion d’une charte des droits. Dans ce contexte, la francophonie minoritaire devra redoubler d’ardeur pour ne pas être marginalisée dans un nouveau bras de fer entre Ottawa et les provinces. 

Français du Canada